J’ai gardé douze pommes Gala dans trois conditions différentes pendant cinq mois, puis à nouveau l’année suivante avec un lot du verger d’Olonne. L’objectif : savoir si le tiroir à légumes du réfrigérateur change vraiment la conservation, et si les pommes achetées en octobre tiennent jusqu’en mars sans devenir farineuses. Aux Sables-d’Olonne, plusieurs participant·es de l’atelier « Fruits d’automne » m’avaient demandé des repères concrets, et j’ai décidé de noter tout ce qui se passait.

Le protocole de test
En octobre 2022, j’ai acheté douze Gala chez le producteur du marché des Halles, toutes du même calibre (environ 180 g chacune), fermes, sans choc visible. J’ai divisé le lot en trois groupes de quatre pommes :
- Groupe A : dans une corbeille en osier, sur le plan de travail de la cuisine (température ambiante, 18-20 °C)
- Groupe B : dans le tiroir à légumes du réfrigérateur (4-5 °C), sans sac
- Groupe C : dans le tiroir à légumes, chaque pomme enveloppée dans du papier journal
Chaque semaine, j’ai noté la fermeté au toucher, l’odeur, l’apparence de la peau. En février, j’ai coupé une pomme de chaque groupe pour vérifier la texture de la chair. L’année suivante, j’ai refait le même test avec un nouveau lot acheté en octobre 2023, pour confirmer ou corriger les premières observations.

Résultats après cinq mois
Pourquoi le groupe A s’est-il dégradé aussi vite ? Dès la troisième semaine, deux pommes montraient des taches brunes à la base. Fin novembre, toutes les quatre étaient molles au toucher, avec une peau légèrement ridée. En février, elles étaient farineuses, presque spongieuses, et l’une avait commencé à pourrir. La température ambiante accélère la respiration du fruit : la Gala perd son eau et son croquant bien plus vite qu’une variété tardive comme la Reinette.
Le groupe B a tenu jusqu’à fin janvier sans changement visible. En février, la chair restait ferme, juteuse, avec ce goût sucré caractéristique. Début mars, deux pommes montraient une légère perte de croquant, mais restaient tout à fait consommables. Le froid ralentit la maturation, comme je l’avais noté pour la maturation des kiwis verts, mais en sens inverse : ici, on cherche à freiner le processus.
J’ai constaté que le groupe C donnait les meilleurs résultats. Le papier journal absorbe l’humidité en excès et limite les contacts entre fruits. Fin février, les quatre pommes étaient encore fermes, la peau lisse, sans odeur de fermentation. En mars, j’ai coupé la dernière : chair croquante, jus abondant, goût intact. Le papier isole aussi chaque fruit, ce qui empêche qu’une pomme abîmée contamine les autres.

Deuxième saison : confirmation et ajustements
En 2023, j’ai reproduit le test avec quelques variantes. J’ai ajouté un groupe D : quatre Gala dans un sac en papier kraft perforé, au réfrigérateur. L’idée venait d’une participante de l’atelier qui conservait ainsi ses pommes achetées en vrac. Résultat : le sac kraft a donné des performances proches du papier journal, mais deux pommes ont développé des taches en surface vers la mi-février, probablement à cause d’un contact prolongé avec une zone humide du sac.
Le groupe A s’est à nouveau dégradé rapidement, confirmant que la température ambiante ne convient pas à la Gala pour une conservation longue. Le groupe B a tenu jusqu’à début mars, et le groupe C jusqu’à mi-mars. J’ai aussi pesé les pommes en début et fin de test : le groupe A avait perdu environ 22 % de son poids initial, le groupe B environ 8 %, et le groupe C seulement 5 %. La perte d’eau explique en grande partie la texture farineuse.

Leçons pratiques
- La Gala se conserve mal à température ambiante au-delà de trois semaines : prévoir de la consommer rapidement ou de la réfrigérer dès l’achat.
- Le tiroir à légumes du réfrigérateur permet de garder les pommes jusqu’à quatre mois, mais l’emballage individuel dans du papier journal prolonge encore la durée de 3 à 4 semaines.
- Éviter les sacs plastiques fermés : l’humidité stagnante favorise la pourriture. Le papier journal ou le sac kraft perforé laissent respirer le fruit.
- Vérifier chaque semaine l’état des pommes : retirer immédiatement celles qui montrent des taches ou une odeur de fermentation, pour protéger les autres.
- Acheter des pommes fermes, sans choc : un fruit abîmé à l’achat ne tiendra jamais cinq mois, quelle que soit la méthode.
Au marché des Halles, le producteur m’a confirmé que la Gala est une variété de mi-saison, récoltée en septembre-octobre, qui supporte moins bien le stockage long que les variétés d’hiver. Il conseille de la consommer avant février, ou de privilégier la Reinette ou la Boskoop pour la fin d’hiver. J’avais fait une erreur similaire avec les coings conservés trop longtemps, qui avaient perdu leur parfum.
Notes pour les premières fois
Un dernier point : si vous achetez des Gala en quantité (par exemple un cageot de 5 kg à 2,80 €/kg, le tarif que j’ai payé en octobre dernier), prévoyez de les trier dès le retour. Séparez celles qui ont des chocs ou des taches : elles serviront pour une compote ou une tarte dans la semaine. Les pommes intactes iront au réfrigérateur, emballées individuellement. Avez-vous testé d’autres méthodes de conservation pour la Gala, ou d’autres variétés qui tiennent mieux jusqu’au printemps ? Je serais curieuse de lire vos observations.